Histoire Zero

En lisant tardivement Histoire Zero (car publié en 2013), j’ai remarqué que William Gibson faisait allusion à la librairie Le regard Moderne dans le chapitre numéroté 30 et intitulé Vision  :

Il aperçut une librairie à l’aspect magique, bourrée à craquer de montagnes de livres dignes du bureau d’un savant fou dans un film, et changea de cap, soudain impatient de s’évader dans les textes. Mais il vit alors qu’il s’agissait là non seulement de bandes dessinées, incapables de lui procurer sa dose de mots enchaînés, mais de surcroît, en langue française. (…) Il ressentait un puissant désir de s’y enfouir. De se frayer un chemin entre les piles. D’en déplacer quelques-unes derrière lui et d’espérer effacer son chemin afin qu’on ne le retrouve jamais.

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Dimanche
17h30, @Lille/

Olivier Hodasava

Vous avez peut-être remarqué mon attrait pour les histoires de territoires bancals (voir ce billet ou encore celui-ci), nourries par des lectures comme celles de London Orbital de Ian Sinclair, Suburbia de Bruce Bégout ou encore Un livre blanc de Philippe Vasset. Et donc, je me suis tourné tout naturellement vers le blog d’Olivier Hodasava : Dreamlands Virtual Tour.
Olivier Hodasava est un écrivain français, originaire de Grenoble. Dans son Dreamlands Virtual Tour, il publie régulièrement de courtes histoires inspirées de captures d’écran prises avec l’application Google Street View. Son blog est donc un carnet de voyages imaginaires, rédigé en surfant sur des images capturées aux États-Unis, en Europe, en Asie, en Afrique… En utilisant la cartographie virtuelle de Google Street View, Olivier Hodasava compose des récits et des courtes histoires à partir des photographies et des impressions que lui laissent ses visites virtuelles.

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› photo by me

Reprenant le dispositif développé dans son blog, il écrit – en 2014 –  Éclats d’Amérique : chroniques d’un voyage virtuel, un autre récit de voyage imaginaire, à travers les cinquante états d’Amérique, sans avoir recours cette fois-ci aux images collectées sur le web.

Janine

A la faveur d’un travail bien particulier, je suis rentré en contact avec Olivier Hodasava, qui m’a offert très gentiment son dernier roman intitulé Janine.
Ce court roman explore d’autres territoires : celui du groupe rock new wave WC3. Janine, c’est d’abord un roman sur la musique rock. Et c’est tellement rare. Je ne connaissais pas WC3, mais les références qui émaillent la centaine de pages m’ont ravi (et puis un livre qui cite par deux fois Brian Eno emporte déjà ma satisfaction). J’aime le côté un peu documentaire, j’aime le côté journalistique et tout ça est ensuite balayé par un récit autobiographique mêlant faits, fiction et histoire personnelle . J’aime les deux trames de récit (en police normale / italique) qui se rejoignent.
Olivier Hodasava y raconte sa seule et unique rencontre avec Janine, la claviériste du groupe, lors du dernier concert donné par le groupe, à Grenoble, en 1984, durant la tournée de promotion de La Machine infernale. Janine décédera après ce concert.

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› photo from WC3

Il y a de l’émotion (deux décès faisant ressurgir des souvenirs et des sensations), de l’érudition, beaucoup de style (avec l’alternance d’extraits d’articles, d’interviews et de narration). Certains moments m’ont fait penser à Aurélien Bellanger, dans la capacité à faire naître une histoire d’éléments sibyllins. C’est moderne, c’est rythmé.
Janine, Éditions Inculte

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reading : 1984 de George Orwell / 
listening : Barbara Barbara, We Face A Shining Future par Underworld / Tiento de la Luz par Thomas Koner
crawling on netzBeautiful Maps / Oblique strategies /

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Jeudi
12h, @Lille/

Daido + Janine

Voici un aperçu de mes prochaines lectures : la première fournie par mon ami Damien pour le livre de l’exposition consacrée à Daido Moriyama et la seconde, livrée et dédicacée par Olivier Hodasava himself, avec son nouveau roman intitulée « Janine ».  Merci à deux eux !
Je vous en reparle au plus vite.

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slasher aera

reading : La métamorphose de Kafka 
listening : Escapism par Library Tapes / The Composite Moods Collection Vol.1: House Number 44 par Dalhous
crawling on netz : What shape is the internet ? / convergent, divergent and parallel /

la piscine

La Piscine est une revue graphique et littéraire, qui vient de sortir son premier numéro zéro, intitulé juste à propos H2Ø. Sous une forme de flip-book (mi-couleurs / mi-noir et blanc) de 72 pages, ce projet éditorial est dirigé par une équipe de passionnés, activistes photographiques et créatifs littéraires débordant d’enthousiasme : Louise Imagine, Christophe Sanchez, Alain Mouton et Philippe Castelneau. Accompagné d’une très belle maquette et une mise en page léchée, ce numéro regorge de découvertes photographiques et de textes à savourer.

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Je viens de recevoir mon exemplaire et j’ai été très très impressionné par la qualité de ce premier numéro. Quel boulot et quelle créativité ! Merci pour cette belle aventure et longue vie à la Piscine !

Ma contribution en page 21 :

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La Piscine ~ numéro H2Ø ~ est disponible à la commande dés maintenant.

 


En complément :
une vidéo de l’Actu du web littéraire

pirate book

The Pirate Book revient sur l’idée même de hacking et du détournement, et donc de la réappropriation par copier/partager. Cet ouvrage (forcément libre de téléchargement), compilant plusieurs témoignages et expériences à travers le monde, est à la fois un retour historique sur le piratage et une réflexion sur la notion de propriété intellectuelle dans l’innovation technologique, l’art et la culture, les réseaux informatiques.

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The Pirate Book est superbement conçu et illustré par Nicolas Maigret et Maria Roszkowska.
Un seul conseil : steal this book !!!

Mark Z. Danielewski • la maison des feuilles

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J’entame les cinquante dernières pages de la maison des feuilles de Mark Z. Danielewski.
J’ai attendu l’édition en poche de février 2015 pour m’attaquer à ce labyrinthe littéraire. Entremêlant trois récits différents, mais néanmoins liés, ce roman est à la fois foisonnant, délirant, flippant, captivant et déroutant. Les trames narratives se déroulent sur les pages, dans les notes de bas de pages, hors les marges. Les mises en page explosent, les paragraphes s’alignent en bas, en haut, en spirale, les blocs de texte se déplacent de page en page, la typo devient folle, les polices de caractère prennent vie, changent, fluctuent… Danielewski nous perd dans les couloirs sombres de la maison. Tel Navidson (reporter photo – personnage basé en partie d’après Kevin Carter), je me suis retrouvé à la fois effrayé par cette demeure et à la fois hypnotisé par ce que recèlent ses corridors emplis de ténèbres. La confusion est géographique, mais aussi mentale.  Le second récit – raconté par Johnny Errand – est une lente descente psychologique, par étages de souvenirs, dans laquelle l’indicible s’immisce lentement et l’angoisse s’installe. Enfin, la troisième histoire est épistolaire et illustre lettre après lettre, la chute dans la folie de la mère d’Errand.
Lire ce roman a quelque chose du défi et du challenge. Le roman est dense (740 pages), les genres se succèdent (récits, rapports, témoignages, commentaires, essais, poésies, annotations), les degrés de lecture sont multiples, parfois cryptiques (beaucoup de références m’ont échappé). Mais en dehors de ce qui ne pourrait être qu’un exercice de style, lire la « maison des feuilles » m’aura envouté et il y avait un petit moment que je n’avais pas ressenti une telle attraction pour un roman.

Faible est le réconfort
que tirent ceux qui se désolent
quand les pensées continuent de dériver
alors que les murs continuent de bouger
et que ce vaste monde bleu qui est le nôtre
ressemble à une maison de feuilles

quelques instants avant le vent.